LES ILLUSIONS DE LA COMMUNICATION POLITIQUE

- 29.08.2017 - 

Ah la communication politique ! J'ai de plus en plus l'impression qu'elle est servie à toutes les sauces. Communication politique par-ci, communication politique par là. Mon politique prend la parole, c'est de la communication politique. Il assiste à une manifestation, c'est encore de la communication politique. Il bouge le petit doigt ? Tiens, tiens ... c'est forcément de la communication politique ! Il se mouche, c'est ... qu'il est malade pardi ! Ah ben non, c'est encore de la communication politique. Suis-je bête ! Pff. Mais quelle illusion ! [Quelle connerie !]

 

Il ne se passe pas une journée sans que je n'en entende pas parler. Elle semble être devenue l'expression à la mode, utilisée pour tout et n'importe quoi. Lorsque j'écoute les citoyens et les médias qui font part de leur analyse sur la pseudo "communication politique" des politiques, je me dis qu'ils ne vont pas tarder à me rendre chèvre ! Ils balancent toujours la même phase : "Hum hum. Ça, c'est de la communication politique !". Ils voient de la communication politique partout. Tout devient communication politique. Ils analysent toutes les actions des politiques. Ils décortiquent leurs moindres gestes, leurs moindres paroles. Ils cherchent à tout interpréter sous le prisme de la "communication politique", mais cela les conduit surtout, à mal interpréter. Ils ne savent même plus ce qu'ils y mettent derrière. Pire, ils en parlent s'en savoir ce qu'elle est réellement. Aujourd'hui, le terme "communication politique" est complètement galvaudé.  

  

Non. Tout n'est pas communication politique. Lorsqu'un politique décide de faire un passage dans une manifestation ou de partager son avis sur un sujet, ce n'est pas forcément de la communication politique. Non. Tout n'est pas intellectualisé. Tout n'est pas parfaitement maîtrisé. Que citoyens et médias arrêtent de fantasmer sur la communication politique ! Il arrive au politique d'être lui-même, simplement. De prendre la parole ou d'agir, sans calcul politique. Oui, des situations "naturelles" et "normales" peuvent se produire en politique. Il peut lui arriver d'oublier quelques instants le poids pesant de la petite voix dans sa tête qui aime lui répéter : "Fais attention, tu es une personnalité publique. Tes propos peuvent être mal interprétés. Tourne bien ta langue sept fois dans ta bouche avant de parler !".

  

S'agissant des politiques, leur vision de la "communication politique" est toute autre. Très souvent illusoire. Ils attendent beaucoup d'elle. Beaucoup trop. Ils voient en elle, la solution à tous leurs maux. Capable de tout réaliser. Pourtant, la communication politique est très loin d'avoir le pouvoir de tout faire... 

MES 5 CONSEILS AUX COMMUNICANTS POLITIQUES

INSCRIRE LA COMMUNICATION POLITIQUE DANS LE RÉEL

"Je veux, je veux ... devenir Président". "Je veux, je veux ... devenir député". "Je veux, je veux ... que ce projet soit accepté à l'unanimité". Voici les incantations que vous pouvez entendre autour de la communication politique. Le politique y met souvent beaucoup d'espoir. Il pense qu'elle est capable de tout faire, bien que le concept de "com' pol" lui soit totalement fumeux. Autant dire que le politique n'y comprend strictement rien !

 

Par contre, ce qu'il sait, c'est qu'il doit faire totalement confiance à celui en charge de sa communication : le communicant, le conseiller communication, le collaborateur en charge de la communication ... Appelez-le comme vous le voulez ! Le politique donne beaucoup d'importance à ce collaborateur, même s'il ne comprend pas toujours le travail qu'il réalise pour lui. Il le voit comme un gourou qui va incanter quelques formules magiques, afin de lui permettre de réussir en politique. Fumeux, fumeux, fumeux. Je vous le dis, niveau "com' pol", le politique nage en plein brouillard ! 

 

Communicants, je vous recommande d'inscrire votre action, et par la même occasion celle de votre élu, dans le réel ! Expliquez-lui votre rôle ! Dites-lui ce que vous pouvez et surtout, ce que vous ne pouvez pas faire. Cela permettra, autant à l'un qu'à l'autre, d'éviter les désillusions ! 

PENSER TOUJOURS : "AUTHENTICITÉ" ET "COHÉRENCE"

Parfois, la folle envie de réussir à tout prix en politique, provoque chez certains, des comportements plus qu'étranges. Ceci est mon deuxième conseil : veillez à maintenir, dans toutes actions de communication, l'authenticité de votre élu et assurer la cohérence, avec ce qu'il est au plus profond de lui. Ne tentez pas de créer un personnage imaginaire, avec pour objectif que votre "protagoniste" réussisse en politique ! Votre rôle sera seulement de magnifier la personne qu'il est réellement. Rien d'autre. Restez cohérent et authentique avec ce qu'il est ! Sinon toute votre stratégie de communication politique, tous ses mots, tous ses actes, vont sonner faux. 

 

Je sais bien que parfois, ce n'est pas vous, communicants, qui tentez de transformer le politique, mais c'est le politique lui-même qui se transforme. Il veut devenir quelqu'un d'autre pour réussir. Il est persuadé qu'il a besoin d'être cet "autre" pour réussir. Il vous faudra alors vous engager dans un bras de fer, et le gagner ! Le politique ne doit jamais, ô grand jamais, tenter de changer de personnalité. Faites en sorte qu'il reste toujours lui-même. Osez lui dire non ! Osez lui dire que "s'il devient comme cela, il va se ramasser".

 

Je pense, par exemple, à ce vieux baroudeur de la politique, qui voulait absolument dire à ses électeurs qu'il n'était pas un homme politique [alors qu'il était en réalité dans la politique, depuis tout de même plus de 15 ans]. Qu'il était issu de la société civile [oui, peut-être, mais comment oublier les trois mandats qu'il cumulait ?]. Qu'il venait d'arriver en politique [J'ai beau compter, ça fait toujours 15 ans et 5 mandats en tout et pour tout]. Sur-pre-nant, je vous le dis ! Il voulait absolument réussir. Et pour réussir, il s'était persuadé qu'il devait être un homme "neuf" en politique ... mais personne n'était dupe ! C'était la stratégie du "Cachez ces mandats que je ne saurais voir" ! Il en était ridicule, mais il voulait continuer sur cette même lancée : "Mais puisque je vous dis que je suis nouveau en politique. Je n'ai encore jamais eu ce mandat !". Vu comme ça... Il voulait devenir un autre homme. Cet "autre" lui a finalement fait tout perdre en politique. Et pas seulement en politique ...

 

Alors pour vos prochaines actions, retenez ces deux maîtres-mots : "authenticité" et "cohérence" ! Je suis persuadée qu'un politique doit exister et être aimé en politique, pour ce qu'il est et pour ce qu'il fait. Vous verrez, tout ce petit monde ne s'en portera pas plus mal. 

POUSSER LE POLITIQUE À TRAVAILLER, ENCORE ET ENCORE

"Je vous paye pour faire votre job ! Ce n'est pas à moi de faire votre job à votre place !" Je suis sûre que vous avez déjà dû entendre ce genre de phrases ... Quand je vous dis qu'ils ne comprennent rien à la communication politique ! 

 

Ce n'est pas parce qu'il paye un collaborateur en charge de sa communication, que le politique doit rester les bras ballants ou se rouler les pouces ; voire invectiver son conseiller communication d'un : "Alors mon Coco, tu peux me rappeler pourquoi je te paye ? Que tu sois là ou pas là, je ne vois pas de changement !". Brrrr.

 

Après tout, donnez-lui raison ! Répondez-lui, qu'effectivement, vous ne servez à rien ! Rhôôô ! Vous n'allez tout de même pas bouder ? Ne cliquez pas sur la petite croix rouge en haut à droite de votre écran ! Restez encore un peu ! C'est qu'il n'a pas totalement tort votre élu. Non, je ne suis pas en train de vous dire que vous ne servez à rien, comme il peut parfois vous le dire. Ce que je vous dis, ici, c'est que sans travail du politique, sans effort de sa part, vous ne pourrez rien faire pour améliorer sa situation. La communication politique n'est pas dans les mains d'un seul homme. Elle ne se réalise pas seule. Elle est construite par le communicant, avec le politique. Autour du politique. Votre élu doit en prendre conscience. Il ne lui faut pas seulement compter sur le travail de son collaborateur. C'est à lui également de mettre les mains dans le cambouis. C'est à lui de se donner les moyens de réussir en politique.

 

Aussi, je vous recommande de faire travailler encore et encore votre politique. Pour atteindre ses objectifs, d'autant plus si ceux-ci sont ambitieux, le politique devra travailler ! Se bouger les fesses pour réussir à valoriser son action. Si besoin, n'hésitez pas à vous faire aider par des intervenants extérieurs. Mais en tout état de cause, formez votre politique aux nombreuses spécificités de la com'pol ! De votre côté, n'oubliez pas non plus de vous former, et de rester en alerte sur les changements de votre profession.

FAIRE DE LA POLITIQUE, AVANT DE FAIRE DE LA COMMUNICATION POLITIQUE

Mince alors, c'est que vous l'auriez presque oubliée ?!? Dites à votre élu de faire de la politique, avant de tenter de faire de la communication politique. Veillez à ce qu'il ne devienne pas dépendant de celle-ci. A la longue, à trop faire de la com', ils ne savent même plus sur quoi ils sont en train de communiquer.

 

Je sais que ce conseil peut paraître évident, mais pourtant... nombreux sont les politiques à penser "communication politique", et à oublier de d'abord penser "politique". Quelle grossière erreur ! Les politiques s'imaginent à tort que s'ils communiquent, il vont forcément avoir du succès. Sortez-les de la stratégie des mots et des images, et poussez-les à faire ce pour quoi ils ont été élus !  

 

Votre élu souhaite "communiquer" ? Très bien. Pour quelle(s) raison(s) ? Que veut-il dire ? Que veut-il faire ? Quel projet ou décision veut-il mettre en avant ? Demandez-vous si sa volonté est de communiquer pour lui-même, afin de se faire mousser sur la scène médiatique, ou pour les autres, afin de valoriser une action d'intérêt général.

 

N'hésitez pas à délaisser un peu la communication politique, si celle-ci devient trop envahissante. Veillez plutôt à inciter votre élu à faire de la politique, au lieu de dire qu'il fait de la (communication) politique.

LAISSER COULER !

Laisser couler ? Hum hum. Le politique ? Non ! Cette phrase vous est destinée. Chers communicants, apprenez à laisser couler ! Dans l'exercice de votre profession, vous ne pourrez pas tout contrôler, tout maîtriser, tout anticiper. La communication est tellement aléatoire. Une stratégie de communication ne réussie pas toutes les fois. Il y aura forcément des loupés. Je ne doute pas que parfois votre stratégie va parfaitement fonctionner, même mieux qu'espérée. Vous ne saurez pas pourquoi. D'autres fois par contre, votre stratégie va complètement foirer. Vous aurez beau vous démener, tout avoir maîtrisé, pensé, y avoir travaillé pendant des jours et des jours, cette fichue stratégie va tout de même foirer. Vous ne saurez pas non plus pourquoi. Alors, je vous recommande vivement de savoir lâcher prise ! Et pas la peine de vous torturer l'esprit pour essayer de connaître les raisons de cet échec. Parfois, il n'y a rien de mieux que de lâcher prise, pour réussir à passer à autre chose. 

 

A d'autres moments, ce sera votre politique qui va complètement foirer. Il va partir en roue libre, comme ça, sans prévenir personne. Il va vous faire une sortie médiatique, grâce à une petite phrase toute mignonne. Il va complètement dérailler. Décider de s'émanciper de son conseiller communication. Se dire d'un ton assuré : "Ça y est, je comprends tout, je sais tout, je peux me passer de mon conseiller communication !". Sacrés politiques, va ! Si une telle situation se produit, attendez patiemment que votre élu se prenne les pieds dans le tapis. Ça ne fait pas de mal. Et il n'en aura pas pour longtemps pour revenir vers vous, pleurer sur votre sympathique épaule de communicant.

 

Dernière petite chose et pas des moindres, vous pourrez avoir mis toutes les bonnes volontés du monde, être le meilleur communicant dans votre domaine, n'oubliez pas qu'on ne fait pas d'un âne, un cheval de course ... Sauf peut-être dans la politique. Outch ! Allez haut les cœurs ! 



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