TOUS DES MENTEURS !

- 19.09.2017 - 

Hors de mon milieu professionnel, j'entends souvent : "Rhaa ! Ces hommes politiques, ce sont tous des menteurs !" Rhoo vous croyez ? Et qu'en est-il de leurs collaborateurs ? Vous pensez qu'ils pratiquent autant le mensonge ? Pfff quelle question ! Forcément ! Vous savez bien que sans mensonge, la politique n'existerait pas ...

 

La politique est indéniablement associée au mensonge. Mais je trouve qu'en politique, le mensonge est toujours vu sous le même prisme : les politiques mentent car ils cherchent à convaincre les électeurs de voter pour eux. Ils cachent la vérité dans l'optique de se faire élire. Le mensonge vise l'élection. Faux ! Pas uniquement ...       

 

Le mensonge en politique est en effet très présent. Moi-même, je le pratique. Sans sourciller. Vous pouvez me dire sans me vexer, que je suis une menteuse. Je pourrais même en être fière. Car, au sein de ma profession, le mensonge est considéré comme un atout. Mais pourquoi est-ce que je ressens ce besoin de mentir ? Qu'est-ce qui m'amène à mentir ? Pourquoi les collaborateurs des politiques mentent-ils ? Je me rappelle mes premiers pas en politique. Je me sentais fébrile face au mensonge. Aujourd'hui, cette façon de faire me paraît naturelle. Oui je mens et alors ? 

 

Je classe le mensonge en deux catégories : le mensonge moral et le mensonge immoral. Je me sers seulement de celui que je considère comme moral. C'est la règle que je m'impose. Bien évidemment, vous allez me dire : Qu'est-ce qui est moral I Qu'est-ce qui est immoral ? C'est effectivement à l'appréciation de chacun. Pour ma part, je refuse d'utiliser le mensonge pour apeurer. Je refuse d'utiliser le mensonge pour calomnier. Je refuse de l'utiliser pour tous faits potentiellement négatifs. Je choisis minutieusement mes mensonges. Parfois, il m'arrive de mentir et de me demander si ce mensonge ne va pas blesser ... Je me pose toujours la question : mon mensonge est-il réellement nécessaire ? 

 

Je crée uniquement un mensonge pour qu'il reste dans le positif, et pas pour que celui-ci tombe dans le négatif. Allez, j'ai décidé de vous donner quelques conseils en matière de mensonges en politique. C'est parti pour la typologie des différents mensonges !  

MES 5 CONSEILS POUR SAVOIR QUAND MENTIR EN POLITIQUE

JE LE PROTÈGE, JE ME PROTÈGE

Voici la principale raison qui me pousse à mentir en politique : je mens pour protéger mon patron ou pour me protéger. Et avec le recul, vous savez ce qui est le plus dramatique avec ce mensonge ? C'est que je cherche à travers lui, à protéger mon élu ou à me protéger des autres. De ces autres qui sont les citoyens, les électeurs et même quelques fois, nos propres électeurs. Il m'arrive de me protéger d'eux, alors qu'au fond, je sais que si j'exerce aujourd'hui cette profession, c'est justement un peu pour ces autres. Tel est le paradoxe de ce premier mensonge. Celui-ci me blesse. Mais je me retrouve parfois dans l'obligation de le pratiquer, à contre-cœur.

 

Lorsqu'avec mon élu, nous sommes en contact direct avec les électeurs, ceux-ci font leurs listes de cadeaux au Père Noël. Ils demandent certains "cadeaux" : "Je veux une place en maison de retraite pour ma maman", "Je veux une subvention pour mon association", "Je veux que mon dossier soit examiné en priorité, car cela fait six mois que je suis en attente d'une réponse". Puis, certains, sous de faux airs naïfs, demandent carrément des passe-droits ... Nous leur expliquons alors ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas recevoir comme "cadeau". Pour ceux qui refusent de l'entendre, nous leur expliquons une seconde fois. Ils ne veulent toujours pas comprendre notre réponse. Ils se bornent. Ils commencent alors à bougonner. D'autres deviennent menaçants, voire violents verbalement. Alors oui, c'est à ce moment-là que je commence à protéger mon élu et moi-même. Je l'assume. Je commence à mentir. Sûrement par peur ou manque de courage, je me retrouve à acquiescer. Mon élu fait de même. Sans aucun remord, nous leur répondons "Oui, oui" alors, qu'en réalité, c'est "Non, non". 

OUPS ! J'AI OMIS ...

Tadam ! Et voici un joli tour de passe-passe : l’omission. L'omission dont nous ne savons pas vraiment si elle est ou non un mensonge. Libre à chacun d'avoir son opinion sur cette pratique. L’omission est tellement simple, il suffit de ne rien dire, de ne rien faire, et de regarder l'autre dire ou faire. Mieux encore, encouragez-le à dire et à faire. Qu'est-ce que j'aime pratiquer l'omission ! Cette rétention délibérée de l'information. C'est mon petit plaisir inavouable. J'adore le mettre en pratique dans mon milieu professionnel. Honte à moi ! 

 

Ma technique ? Je laisse les autres débiter des informations. Sans les contredire, même lorsque mes interlocuteurs prêchent le faux pour savoir le vrai. Je ne bronche pas. De temps en temps, je hoche la tête. Cela les confortent dans la nécessité de diffuser l'information qu'ils sont en train de me livrer. Parfois, je feins de la découvrir. Ce que je préfère ? C'est l'élu "pipelette". Je me frotte les mains lorsque je tombe dessus. Vous savez bien, ces élus qui partent en monologue pendant de longues minutes, sans ne plus pouvoir s'arrêter. Ils en diffusent des pépites d'informations, sans même sans rendre compte. Je les écoute attentivement, car je n'oublie pas que l'information, c'est le pouvoir !

JE TE MENS, CAR JE T'AIME

Quelle belle déclaration ! J'utilise ce troisième mensonge envers mon patron ou envers mes collègues. Ce mensonge est plutôt sympathique. Il consiste à créer, lorsque cela s'impose, des moments de câlinothérapie. Je suis sûre que vous voyez de quoi je suis en train de parler. 

 

Je me répète encore et encore, mais, en politique, on se prend des coups à longueur de journée. La politique est violente. Mon élu en arrive à y être blessé. Alors, parfois, il m'arrive de lui mentir. Je lui mens pour panser ses blessures. Seulement. Je le regarde droit dans les yeux et je le flatte. Je lui dis que son discours était bien, alors qu'il n'était que médiocre. Vraiment, vraiment pas terrible, mais tant pis ! Je lui dis qu'il a été un bon orateur. C'est ce qu'il a besoin d'entendre sur l'instant. Rien ne sert de le blesser encore plus. Alors, je le rassure. Je le chouchoute. Je fais en sorte qu'il aille mieux. N'est-ce pas aussi mon rôle ?  

 

Puis, au fond, je sais qu'il sait que je lui mens de temps à autre. Il n'est pas dupe ! Mais c'est un jeu de rôle entre nous. Il sait qu'il a besoin d'entendre ma flatterie. Alors, il tolère mon mensonge. Esquisse un sourire d'homme flatté, sans ne rien dire.  

 

Et d'autres fois, il y croit réellement. Il gobe mon mensonge : "Vous avez fait un excellent discours". Alors, son visage s'illumine et c'est à ce moment-là qu'il reprend confiance, bombe le torse et devient, en quelques secondes, l'homme que je viens de lui décrire. Un homme politique avec de l'assurance, qui vient de faire un excellent discours. Qu'est-ce qu'il est fortiche ce politique ! 

JE ME TENDS, ALORS JE MENS

Il y a des jours plus difficiles que d'autres. Des semaines plus difficiles que d'autres. En tant que collaborateur politique, nous sommes confrontés à de nombreuses situations et innombrables personnalités : des farfelues, des incompréhensibles, des inquiétantes, des aberrantes. U-bu-esque ! Il m'arrive de me demander si je ne suis pas en train de marcher sur la tête. Aussi, des tensions externes et internes se développent. S'installent. M'écrasent. M’oppressent. Il m'arrive quelques fois d'en avoir ras la casquette. De ne plus en pouvoir.

 

Ma façon d'évacuer les tensions ? Le mensonge ! Je suis parfois prise de mensonges compulsifs. Pendant quelques minutes, je mens à tour de bras, sans raison. J'invente ou déforme des faits tirés du réel. Je raconte de fausses histoires sur ma vie professionnelle ou ma vie privée. J'en ris. J'en fais rire les autres. Ces mensonges, accompagnés de ces rires, me permettent de relâcher toutes les tensions. Ces tensions qui me bouffaient, me paraissent désormais tellement loin. C'est un véritable plaisir !

 

Alors oui, le mensonge devient de temps à autre mon défouloir. Bien évidemment, je diffuse de fausses informations dont tout le monde sait qu'elles sont fausses. Mes mensonges sont tellement énormes, qu'il n'est pas possible d'en douter. Aucune ambiguïté n'est possible ! 

POLITIQUE MENTEUR, COLLABORATEUR MENTEUR, CITOYEN ...... ?

Je vous laisse compléter cette phrase ... Malheureusement ou heureusement, les politiques et leurs collaborateurs n'ont pas le monopole du mensonge. N'est-ce pas ? Alors pour ceux et celles qui culpabilisent d'oser le mensonge, arrêtez ! Tout le monde ment, avec des mensonges plus ou moins gros. Retenez que les citoyens savent également très bien l'utiliser ... Parfois encore mieux que les politiques. Rhaa je pense aux fameuses rumeurs lancées par les citoyens au sein de l'espace public. Qu'est-ce qu'elles peuvent faire du mal. Nuire à la réputation d'un homme et de ses proches, tandis qu'en parallèle, elles arrivent très facilement à aiguiser l'appétit du petit peuple. 

 

Tiens, tiens, c'est que j'avais pratiquement oublié le premier article de ce blog : "Et m**** ! Mon élu est victime d'une rumeur !". Si cela n'est pas déjà fait, je vous conseille de poursuivre votre lecture par cet article, sans fioriture et surtout, sans mensonge, dans lequel je vous donne quelques conseils pour combattre les fausses rumeurs qui peuvent se propager à l'encontre de votre élu. Bonne lecture



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