JE TE QUITTE.

- 17.10.2017 - 

Oui. Non. Oui. Finalement, non. Il ne sait vraiment plus sur quel pied danser mon collègue. Un jour, c'est "oui". Le lendemain, c'est "non". Un jour, il est sûr de sa décision. Le lendemain, il est en plein doute. Cela fait plusieurs mois qu'il y réfléchit. Il se torture l'esprit. Il a toujours cette même idée qui lui trotte dans la tête. Mon collègue ... souhaite quitter le patron. Mais à l'instant où j'écris ces lignes, il semble encore hésitant. 

 

Il m'en parle depuis des mois. Il veut partir. Je crois que sa décision est prise. Pourtant, il est toujours là ... à hésiter. Mais qu'est-ce qui le retient ? Je ne vois que trois possibilités. Possibilité numéro 1 : pour le moment, il n'arrive pas à présenter sa démission, car il n'a pas encore trouvé un nouveau job meilleur que celui qu'il a actuellement. Possibilité numéro 2 : même s'il souhaite partir, il s'est attaché au politique pour lequel il travaille. Cette affection retarde son départ. Et enfin, possibilité numéro 3 : il a peur de son élu. Peur qu'il lui pourrisse sa carrière après son départ. Peur qu'il appartienne à la catégorie des élus que les collaborateurs politiques ne peuvent pas quitter. Ben voyons. Il n'est pas comme cela le patron.   

 

Vous aussi, vous avez peut-être envie de franchir cette étape ? Oui. Non. Peut-être ...

 

Je pars du principe que si vous lisez cet article, c'est que vous avez décidé de quitter votre élu. Je vous demande : pourquoi ? Et surtout, pour quoi faire (de mieux) ? Pour rester en politique, mais rejoindre un nouveau politique qui vous correspond plus ? Pour vous lancer dans une nouvelle aventure en dehors de la politique ? Quoi qu'il en soit, ces nouvelles aspirations peuvent vous faire franchir le pas. Et pourtant, cette décision n'est pas simple. C'est le moins que l'on puisse dire. Une telle décision n'est pas à prendre à la légère.  

 

Lorsqu'un élu décide de vous faire confiance en tant que collaborateur politique, vous pouvez très souvent vous transformer en un être aliéné. Vous lui devenez fidèle, parce qu'il a su vous donner votre chance. Parce que vous en avez peur. Ou pour toute autre raison. Mais, vous avez tendance à rester auprès de lui. Étrange, étrange ... Est-ce la peur du changement, tout simplement ?

 

Vous voulez partir ? Partez, je vous le dis ! Sortez de votre zone de confort. Après tout, n'est-ce pas vous qui êtes en train de vous mettre vos propres barrières ?

MES 5 CONSEILS AVANT DE QUITTER VOTRE ÉLU

JE VOIS, JE VOIS ...

Avant de quitter définitivement votre élu, je vous conseille de vous lancer d'abord dans la réalisation d'un "tableau d'avenir". Vous allez me dire, mais qu'est-ce qu'un tableau d'avenir ? C'est très simple. Je sais que certains ont quelques difficultés à se projeter dans l'avenir. Ils voient, ils voient ... rien justement. Donc, histoire de vous aider à vous sortir la tête du brouillard, je vous recommande de prendre une feuille, un stylo et de lister dans deux colonnes bien distinctes, les "plus" et les "moins" de cette séparation à venir. Allez-y ! C'est à vous de jouer ! 

 

Vous vous dites vivement que je le quitte pour aller vers de meilleures conditions professionnelles ? Des missions plus intéressantes ? Un meilleur salaire ? Un changement radical de vie ? Alors, qu'est-ce qui vous pousse à partir ? Est-ce réellement pour une bonne raison ? Ou parce que vous êtes persuadé que l'herbe est beaucoup plus verte ailleurs ? Alors ? 

 

Demandez-vous surtout si vous y gagnez ou si vous y perdez dans cette séparation ? Réfléchissez-y ! Longuement ...

OUBLIEZ LES COUPS DE TÊTE ET LES COUPS DE GUEULE

Quitter son élu. Voire, quitter son job tout court, peu importe lequel, doit être minutieusement réfléchi. Je sais ô combien les moments avec son élu peuvent être houleux et les envies de démissionner fortes ! Combien de fois me suis-je dit "Rhoo c'est décidé, je le quitte !", "Je m'en vais !" ou encore "J'en ai marre, je démissionne !". Je me le suis dit à moi-même tellement de fois. Mais à lui, jamais. Malgré mes innombrables "envies de démission", que je ne compte plus, je suis toujours auprès de lui.

 

La relation entre un politique et son collaborateur est complexe. Elle peut être faite autant d'amour que de haine. Autant de moments de complicité que de suspicions. Autant d'instants sereins que de moment de tensions. Ne lui balancez pas à la figure "Je démissionne !", sans y avoir bien réfléchi à l'avance. Ce serait dommage de revenir tout penaud le lendemain matin.

 

Évitez de présenter votre démission sur un coup de tête ou sur un coup de gueule. Pensez, et ensuite seulement, agissez ! Cela vous évitera d'avoir des regrets et de briser la confiance que vous accorde de votre élu. Pour être on ne peut plus clair : tournez bien votre langue sept fois dans votre bouche avant de lui présenter votre démission ! 

SOYEZ HONNÊTE

Vous avez pris votre décision. Vous le quittez. A un moment ou à un autre, il va falloir lui dire que vous souhaitez partir. Je comprends que ce moment puisse être inconfortable, mais, il vous faudra l'affronter. Prendre le taureau par les cornes. Enfin, plutôt prendre votre politique ... par ... par les épaules, lui parler entre quatre yeux et lui dire ce que vous avez sur le cœur : "C'est fini, je m'en vais". 

 

Même si c'est votre décision, je crois qu'elle reste tout de même un moment douloureux. Elle est vécue un peu comme une rupture sentimentale. La fin d'une histoire. Comment lui dire que vous partez ? Quand lui dire ? Il n'y a pas de bonnes réponses à ces questions. C'est à vous de déterminer le bon moment. Vous pouvez lui annoncer que vous avez trouvé un nouvel emploi et que vous partez dans deux mois ou alors, anticiper votre départ, et lui annoncer que vous êtes à la recherche d'un nouvel emploi. Dans tous les cas, je vous recommande de lui expliquer les raisons de cette rupture. Soyez honnête. Dites lui les choses afin de lever les éventuelles incompréhensions ou malentendus.

 

Il faut faire preuve de bon sens. La politique n'est pas éternelle. Et entre nous, votre élu l'est encore moins ... Il va forcément un jour arrêter la politique. Sûrement avant vous. Vous allez vous retrouver sans lui, avec seulement votre fidélité aveugle. Ne restez pas inerte ! Si vous avez envie de partir, partez ! Il suffit parfois d'en parler. Vous pourriez même être surpris de sa réaction. Il pourra chercher à vous retenir ou au contraire, vous inciter à le quitter. Vous encourager à changer de métier, à passer des concours, à monter votre boite, à devenir un politique. A devenir la personne que vous voulez être. Il pourra complètement vous comprendre et vous demandera pour quelles raisons vous ne l'avez pas fait plus tôt. Et vous vous direz alors : "Tout ça pour ça !" 

RESPECTEZ VOTRE PRÉAVIS

Hum, hum ... Je suis sûre que vous êtes en train de vous demander pourquoi je vous donne ce conseil plus qu'étrange. Je vous conseille en effet  de respecter votre préavis en cas de démission. Pourquoi ? Parce que non, très chers collaborateurs, vous ne pouvez pas quitter du jour au lendemain votre patron ! Claquez la porte et lui dire "Merci pour ce moment". Vous avez bien un préavis à respecter. 

 

Enfin, dans les faits, cela peut arriver que ce ne soit pas nécessaire. Surtout en ce qui concerne les préavis de licenciement. Cette période "charmante" dans la vie d'un collaborateur politique, lorsque ce n'est pas vous qui partez, mais que c'est votre patron qui décide de vous mettre à la porte. Vous l'insupportez tellement qu'il vous recommande fortement de rester chez vous parce qu'il ne veut plus croiser votre tronche dans les couloirs. Dans ce cas là, effectivement, vous pourriez ne plus avoir à effectuer de préavis de licenciement. Vous en serez dispensé.

 

Discutez de votre départ avec votre élu. Ne le mettez pas au pied du mur. Évitez de lui dire : "J'ai un préavis de trois mois, je clôture mes congés. Je serai donc absent dès demain". Quelque chose va rester coincé en travers de la gorge. Et je ne sais pas si ce sera en travers de celle de votre élu, ou de la vôtre. Ne l'abandonnez pas. Ne vous le mettez pas non plus à dos pour les quelques jours qu'il vous reste à passer à ses côtés. Soignez votre sortie. S'il le souhaite, restez jusqu'à la fin de votre préavis. Il aura ainsi le temps de se retourner et de recruter notamment un nouveau collaborateur ... que vous serez peut-être amené à former. Cela vous met en joie, n'est-ce pas ? 

LA LOYAUTÉ, JUSQU’À CE QUE LA MORT NOUS SÉPARE.

Même s'ils ne veulent pas le dire, la crainte de tous les politiques, c'est de se faire quitter par leurs collaborateurs. Et leur plus grande crainte, c'est de se faire quitter en très mauvais termes par leurs collaborateurs. Se faire quitter par ceux qui appartenaient au premier cercle. Ceux qui voyaient tout. Ceux qui entendaient tout. Ceux qui savaient tout. Aïe, aïe, aïe. "Et si X parlait ? S'il révélait tous mes secrets ?" Quelle angoisse !

 

Il y a ce politique en voie de disparition (du moins, je l'espère ...) qui n'accepte pas que ses collaborateurs le quittent. A la vie, à la mort. Le quitter est impossible, sauf si vous aimez vous faire pourrir votre avenir professionnel. Mais puisque je vous dis qu'il est en voie de disparition ...

 

Le plus souvent, les politiques attendent de la loyauté de leurs collaborateurs . Une loyauté envers l'élu lorsqu'ils sont en poste, mais également après. Ils n'ont pas envie que des informations personnelles soient divulguées par leurs anciens collaborateurs quelques années après leur départ. Ils attendent de leurs collaborateurs, actuels ou anciens, qu'ils sachent faire preuve de discrétion. Que ceux-ci, une fois partis, sachent se taire. Lorsque vous êtes embauché par un politique, vous concluez avec lui un pacte tacite de loyauté indéfectible. Aussi, lorsque vient le moment de vous en aller, rassurez-le en lui disant que vous avez fait le choix de partir, mais pas de le trahir.

 

Aussi, je vous recommande de partir en bons termes avec votre élu. Surtout si vous décidez de continuer dans le milieu. Le monde de la politique est petit. Il est préférable d'entretenir vos relations. Elles pourront toujours, à un moment ou à un autre, vous servir dans votre parcours professionnel. Ne coupez pas les ponts avec votre ancien employeur. Celui-ci pourra même vous demander de lui faire régulièrement remonter des informations. Puis, pour quelque uns, plusieurs années après votre séparation, vous aurez toujours le numéro de votre ancien employeur. Vous continuerez à lire ses interviews dans la presse, à écouter ses prises de position. Quelques fois, vous irez même jusqu'à lui envoyer un SMS pour le conseiller. Vous continuerez d'être ainsi le collaborateur de votre élu.  

 

Pas si simple que cela de le quitter ...



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