LES RAVAGES DE L'ENTRE-SOI

- 03.01.2018 - 

Pour débuter cette nouvelle année, vous croyez que je suis en train de vous conseiller de "sortir de chez vous" ? Qu'est-ce qu'il me gonfle ce conseil ! Mais qui dit "nouvelle année", dit forcément "nouvelles résolutions" ! Alors ...     

 

J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d'année en famille ! Vous y avez sûrement parlé politique... même si vous vouliez éviter le sujet à table. Mais votre oncle ronchon et légèrement alcoolisé, ne vous a pas loupé. Il vous a tenu la jambe pendant tout le repas, 5 bonnes heures durant ... tout ce temps, pour vous offrir une discussion de comptoir comme vous les aimez tant. Mais que voulez-vous, la politique reste le "sujet" abordé en famille lors des fêtes de fin d'année. Personne n'y comprend rien, mais tout le monde veut en parler. Il est fort probable que le ton soit monté avec le vieil oncle, suivi de la vieille tante, non ? C'est fort probable. Après deux ou trois sujets lancés sur la politique, la famille commence à s’écharper. Ce fût mon cas ! Comme toutes les années, le ton est monté ! C'est dans ces moments-là que je me dis indéniablement : qu'est-ce que c'est bien de travailler dans la politique ! Surtout lorsqu'une partie de la famille exècrent les politiques et les met tous dans le même sac. Une merveilleuse manière de débuter en pleine confiance et dans la plus grande des joies, l'année 2018 !

 

C'est qu'elle est sympathoche ma famille ! Cette partie de la famille, que je vois seulement une seule fois par an (et je trouve cela amplement suffisant), m'a fait prendre conscience de quelque chose que j'ai depuis quelques mois eu tendance à oublier. Premièrement, tout le monde n'aime pas la politique. Secondement, tout le monde ne pense pas la même chose. Je sais, cela vous semble évident ... A moi aussi. Mais je viens de m’apercevoir que ces derniers mois, j'ai eu la fâcheuse tendance à l'oublier. 

 

Ces fêtes de famille m'ont permis de prendre conscience de cela. J'ai été confrontée à des opinions radicalement opposées aux miennes. J'ai été directement impactée par une autre vision, une autre façon de penser, une autre logique de raisonnement. J'ai vu leur regard. Ils pensaient réellement ce qu'ils étaient en train de me dire. Ils s'énervaient tellement qu'ils en devenaient rouge de colère. Ils s'énervaient contre mon incompréhension, contre mon opinion différente de la leur. Le plus dramatique pour moi dans tout cela, c'est que je me suis dit : Mince, comment peuvent-ils penser ainsi ? Quelle est cette étrange façon de penser ?!? Quelle est cette dite "logique" pour eux, qui semble totalement irrationnelle pour moi ? J'ai été surprise, par eux. Puis, par moi. Et ce ne fût pas de la manière la plus agréable qui soit. Je ne m'attendais pas à être autant déconcertée. J'avais oublié ; oublié qu'il était possible de penser autrement.  

 

Pourtant, au quotidien, dans ma profession, je vois bien que les opinions différentes sont là. Enfin ... je sais surtout que les oppositions sont là. Il est vrai que depuis quelques mois, j'ai fait preuve de facilité. Je me suis laissée éteindre. Je me suis laissée étouffer lentement. Je ne voyais plus les opinions différentes comme de réelles oppositions. Je les voyais avant tout comme des oppositions systématiques, qui appartenaient uniquement au "jeu politique". Mais je n'imaginais plus que certaines oppositions étaient bien réelles.  

 

Je suis restée auto-centrée sur moi-même et sur la vie du cabinet. J'ai été dans ma bulle, dans ma petite zone de confort, oubliant d'avoir le regard au loin et vers l'ailleurs. C'est une grossière erreur pour un collaborateur politique. Je le sais pourtant. Je reste. Que dis-je ! Nous restons ensemble au quotidien. Nous avons tendance à toujours vivre entre nous, entre membres du cabinet.

 

Je le savais mais, je n'ai pas su lutter contre. Je suis tombée dans les travers de l'entre-soi !  

MES 3 CONSEILS POUR ÉVITER "L'ENTRE-SOI"

SORTEZ DE CHEZ VOUS

Rhaa ! J'avais dit que je n'allais pas vous la faire. Mais finalement ... si ! Pour cette nouvelle année 2018, je vous recommande de sortir de chez vous. Sortez de votre zone de confort ! Ne faites pas la même erreur que moi. J'ai été autocentrée. C'est l'un des problèmes récurrents des collaborateurs des cabinets. Nous vivons seulement entre nous. Quelques fois, avec le groupe politique. Les cadres du parti. Les élus du même bord politique. Les amis de longue date qui sont comme nous, avec la même vision du monde. C'est désastreux ! On se construit notre propre réalité, et on en oublie LA réalité. On oublie ce qu'il se passe et ce qu'il se dit ailleurs.

 

Je vous donne ce conseil car j'entends parfois des collaborateurs politiques dire "Ah non ! Je ne vais pas lire ça, c'est de gauche !" ; "Ah non ! Je ne vais pas lire ça, c'est de droite !" ou du centre, ou des extrêmes ! " (là, vous êtes en train de vous demander, est-elle de gauche ? Est-elle de droite ? Peut-être du centre ? hum hum ... Ce n'est pas le propos de cette publication. Revenons à nos moutons !)

 

Bref. Ces collaborateurs ne veulent pas découvrir ce qu'il se passe ailleurs, car cet ailleurs est opposé, ou différent de ce qu'ils sont. Ils suivent la dynamique : "Je ne lis pas. Je n'écoute pas. Je ne regarde pas" ... car je ne partage pas ! Cela me semble être une terrible erreur. Pour devenir un "bon" collaborateur politique, il me paraît nécessaire (pour ne pas dire obligatoire) de s'ouvrir à autre chose.  

 

Aussi, je vous recommande d'être curieux de tout. Partez à l'aventure ! Allez lire, écouter, observer, tester de nouvelles choses. En 2018, poussez des portes qui vous étaient jusqu'à présent invisibles. Passez-y une tête pour nourrir votre réflexion. 

ALLEZ À  LA RENCONTRE DES AUTRES

Lorsque vous sortirez de chez vous, profitez-en pour aller à la rencontre des autres ! Mais dis-donc, c'est que je vous en donne des conseils plan-plan pour cette nouvelle année 2018 ! De mieux en mieux ...

 

Il y a une chose que je garde toujours bien en tête : la politique est clivante. Lorsque j'ai débuté mon premier poste dans la politique, j'ai perdu quelques amis ...  car ils ont découvert "ma couleur politique". Et figurez-vous, qu'elle n'était pas la même que la leur. Une partie de ma famille a commencé à me regarder autrement. Dans tous les cas, le regard de mes proches à mon égard a changé. Car désormais, je travaillais dans la politique. J'ai été vite abandonnée par certains. Ils ont déserté ma vie. C'est un fait indéniable ! 

 

Bon ... mon but ici n'est pas de faire pleurer dans les chaumières. La situation n'est pas complètement dramatique, rassurez-vous ! En parallèle, vous gagnez des amis, issus de la politique, qui partagent la même appartenance politique que vous. 

 

Mais il est vrai que lorsque vous vous lancez dans la politique, en tant qu'élu ou en tant que collaborateur, au bout de quelques mois, vous vous retrouvez seulement à fréquenter des personnes qui ont les mêmes idées que vous et qui ont, majoritairement, un pied dans la politique. Ensuite, vous pouvez également vous surprendre, vous aussi, à écarter certaines relations car elles ne pensent pas comme vous, elles ne sont pas comme vous ... car désormais, vous travaillez dans la politique. Pourtant, ces relations pourraient vous ouvrir les yeux sur autre chose. Mais, vous les refusez dans votre vie. 

 

Pour cette nouvelle année, je vous propose d'essayer. Je dis bien "essayer" de faire de nouvelles rencontres, différentes de celles que vous pouvez faire habituellement. Si cela n'est pas déjà le cas, il serait peut être intéressant d'avoir des amis, ou si vous préférez de "simples connaissances", qui ne pensent pas comme vous. 

FRÉQUENTEZ DES "COLLABORATEURS OPPOSANTS"

Il y a bientôt un an, je vous parlais des différents profils de collaborateurs dans la publication : "Collaborateur, je te mets dans une case !". A aucun moment, je ne vous ai parlé du "collaborateur opposant", car à l'époque, je ne le connaissais pas encore. Je ne l'avais même jamais vu au sein d'un cabinet. Il m'était totalement inconnu.

 

Il y a quelques mois, il s'est passé quelque chose de surprenant. Mon élu a embauché un nouveau collaborateur. En soi, rien de très surprenant. Seulement, ce nouveau venu dans l'équipe, ne partage pas nos idées. Sur-pre-nant. Mon politique le savait. C'est justement la raison pour laquelle il a souhaité l'embaucher ... car il ne partageait pas nos idées. Hum hum ... Il n'était pas non plus vraiment politisé. Mais le hic (enfin, ce que nous, collaborateurs, nous voyions comme un "hic"), c'est qu'il n'avait même jamais mis dans l'urne de bulletin pour notre parti ... Pourtant, il a été embauché au sein du cabinet. Au niveau de l'équipe, ça nous a tous laissé cois. Jusqu'à récemment, les dents ont grincé (dont les miennes). Il y a eu de nombreuses réactions dans son dos. Des levées de boucliers de collaborateurs qui voulaient demander une augmentation qu'ils n'auront finalement pas, en raison de ce "nouveau" recrutement qui "bouffe l'enveloppe", des levées de boucliers du conseiller politique et d'autres, qui estiment que ce nouveau collaborateur va nous planter à la première occasion. Et enfin la mienne, qui consistait à dire qu'il y avait encore une fois de plus un plantage dans le recrutement des collaborateurs.

 

Mais avec le temps, j'ai compris ce recrutement (je vous le dis, l'année 2018 est en train de me changer !).  

 

Ce collaborateur nous met constamment face à ce que nous oublions au sein du cabinet : "Non, nous ne pensons pas tous pareils !" Ce collaborateur nous oblige à regarder différemment nos dossiers et à pousser beaucoup, beaucoup plus loin notre approche. Il est là avec la vision de notre opposition. Il nous amène sur un plateau des arguments contraires. Il nous ancre les pieds dans une autre réalité, que nous avons tendance à oublier. Après plusieurs mois, son effet est positif sur les collaborateurs du cabinet. Je peux dire "merci" à ce "collaborateur opposant", que je voulais dans un premier temps écarter des dossiers. "Moins il en sait, mieux tout le monde se porte !", telle était ma devise à son encontre. Je voulais l'écarter car "il ne pensait pas comme nous" et qu'il "n'était pas comme nous". Je sais, c'est moche ! Au fil du temps, je m'y suis attachée. Il m'apporte réellement quelque chose de positif. Avec le recul, je me dis que mon patron a finalement eu raison de l'embaucher. C'est dans ces moments-là qu'il me rappelle qu'il est sans conteste "le patron" ! 

 

Je peux vous recommander non pas d'embaucher un "collaborateur opposant", mais peut-être de fréquenter, tout en gardant des distances raisonnables, professionnelles et courtoises, des "collaborateurs opposants", qui pensent la politique autrement. Vous verrez votre travail d'un œil nouveau.   

 

Désormais, vous connaissez l'une de mes résolutions pour l'année 2018. Je dois absolument éviter "l'entre-soi". Quelles sont les vôtres ? 



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