ZÉRO ÉMOTION

- 12.02.2018 - 

Vous aussi, vous trouvez que l'émotion disparaît en politique ? Qu'elle y est absente ? Qu'elle se rend invisible ? Sachez que lorsque j'y perçois une pointe d'émotion, je crois, à chaque fois, qu'elle est feinte. Je me dis qu'elle ne peut pas être réelle. Sûrement pas en politique ! 

 

Il y a quelques années, avant d'être en politique, je ne savais pas gérer mes émotions. C'était souvent : "Panique à bord" ! Je faisais partie de ces personnes dites "stressées". Pas au point d'être catégorisée comme "angoissée", mais seulement "stressée". Cela était amplement suffisant.

 

Et oui, je ne savais pas gérer mes émotions. Je me laissais facilement envahir par celles-ci. J'étais d'une trop grande émotivité. Et je dois bien dire que cela était quelque peu irritant. Car, pour survivre dans le monde "impitoyable" (second degré) de la politique, cette caractéristique n'est pas du tout, mais alors pas du tout, une qualité. C'est un véritable boulet qu'il vous faut traîner au pied !

 

J'ai rapidement compris qu'il fallait que j'apprenne à me maîtriser. Lorsque je regarde autour de moi, je vois bien que l'émotion n'existe pas. Pourtant, elle aurait lieu d'exister face aux situations qui y sont à gérer. Mais elle reste invisible. Elle est masquée, contenue. Je suis entourée de collaborateurs politiques calmes. Enfin ... qui paraissent calmes. Car il y en a bien quelques-uns qui déclenchent des crises d'angoisses, des insomnies ou des plaques d’eczéma. Mais tout ce petit monde parait calme. "No stress").

 

J'ai donc également compris que dans le monde de la politique, pour être conservé - accepté - reconnu - en tant que collaborateur politique compétent et crédible, il faut "rester neutre" face à l'émotion. Pour réussir en politique, il faut supprimer ses émotions. Aujourd'hui, je peux dire que mon émotivité est révolue. Désormais, je suis entrée dans le standard du "collaborateur politique". Je contrôle mes émotions. J'appartiens à ces êtres à encéphalogramme plat. Mais si ! Vous savez bien ceux dont on ne sait pas s'ils ne réagissent pas parce qu'ils sont morts, parce qu'ils ont énormément de sang-froid, parce qu'ils sont complètement cyniques, parce qu'ils ont aucune empathie ou tout simplement, parce qu'ils n'en ont strictement rien à faire de leur job ... 

   

Il y a tout de même un seul moment où je me laisse affecter par l'émotion dans le cadre professionnel ; lors de la rédaction d'un discours. Sinon, je n'appréhende aucun dossier sous le coup de l'émotion. J'agis toujours à froid, jamais à chaud. Un point c'est tout. 

 

Il est vrai qu'avec le recul, émotion et politique ne font pas bon ménage. Après tout, l'émotion déstabilise. Elle paralyse. Elle bloque la réflexion. Elle peut déformer la réalité. Elle brouille l'esprit. Pour réussir en politique, je sais qu'il est nécessaire d'agir avec la raison, sans émotion. Je crois que si en politique vous vous laissez porter par l'émotion, cela n'amène jamais rien de bon ... Vous n'y serez plus un bon collaborateur. Vous ne pourrez pas non plus y durer. Si vous ne savez pas gérer vos émotions, vous perturberez l'ensemble des collaborateurs du cabinet. Vous serez l'élément perturbateur, celui qui plombe l'équipe, qui est "l'onde négative". Vous risquez d'être mis de côté, voire de prendre la porte.

 

Aussi, sans nous le dire, nous, collaborateurs politiques, nous supprimons nos émotions. Nous apprenons à nous en détacher. A ne pas nous laisser submerger. Je prends conscience de notre manière de fonctionner lorsque je croise ces personnes qui elles, se laissent uniquement contrôler par leurs émotions. A chaque fois, c'est un choc.

MES 4 CONSEILS POUR CONTRÔLER VOS ÉMOTIONS

SANG GLACIAL

En politique, il y a une qualité essentielle à avoir. Et malheureusement, soit vous l'avez, soit vous ne l'avez pas. Il vous sera en effet difficile de lutter contre ou de travailler dessus pour pouvoir l’acquérir. Êtes-vous une personne au sang-chaud ou au sang-froid ? Pour réussir en politique, croyez-moi, il est préférable d'avoir le sang froid, bien froid. Voire même glacial, c'est encore mieux !

 

Dans ce milieu, vous êtes confrontés à différentes situations délicates, un poil stressantes. Cet agent qui se suicide sur son lieu de travail. Ce transport scolaire qui sort de la route avec à son bord une dizaine d'élèves. Cette méchante bactérie présente au restaurant scolaire. Cette association qui décide de clouer au pilori la majorité par voie de presse ... Ces différentes situations peuvent être déstabilisantes ... Mais justement, elles ne doivent pas vous déstabiliser. Vous ne devez pas vous laisser emporter par l'émotion. Et peu importe si vous êtes affectés par ces faits, si vous êtes fatigués, que vous travaillez depuis 7 heures ou 12 heures, que vous vous êtes pris dans la journée une dizaine de situations "rocambolesques" sur le coin du nez, vous devez être en capacité, face à ces situations, de "rester neutre". Ayez du sang-froid, bon sang ! Cette qualité est essentielle en politique.

 

Et si l'envie vous titille de vous emporter, oubliez votre lieu de travail ! L'emportement, ce sera pour chez vous. Enfin .... éventuellement, je dis bien éventuellement, si vous ne pouvez pas vous en empêcher, je vous recommande d'aller expectorer votre énervement avec seulement vous-même dans un lieu clos. Il est en effet important de ne pas emporter dans vos émotions ni l'équipe du cabinet, ni les élus. Dans une situation de tension, il est préférable que les collaborateurs aient les idées bien au clair, la tête bien froide et donc ; évitez de créer une situation d'émotivité !

 

Alors, si vous avez besoin de piquer une petite crise (comportement qui a une durée de vie limitée en politique), préférez un lieu clos. Et veillez à ce que celui-ci soit bien insonorisé.

BADABOUM ! MUTATION !

J'ai toujours été impressionnée par la facilité de l'homme à s'adapter à toutes les situations, aux multiples et divers changements. Ils peuvent en effrayer certains, mais quoi qu'il arrive, nous nous y adaptons ; toujours. Pour le monde de la politique, c'est la même chose.

 

Lorsque vous choisissez de l'intégrer, vous réussirez (quelquefois tant bien que mal) à vous y adapter. Vous sentez ce nouvel environnement. Vous l'observez puis, graduellement, vous en prenez ses us et coutumes. Vous sentez vos différents interlocuteurs, vous les observez et décryptez leurs interactions. Vous copiez leurs codes, leurs expressions, leurs attitudes. Sans forcément vous en rendre compte, vous finissez toujours par vous adapter au monde qui vous entoure. Vous vous moulez à ce qu'il est. Et oui, vous vous attendiez à changer la politique, finalement vous vous apercevez que c'est elle qui vous change ...

 

De manière plus ou moins naturelle, parfois poussive, vous allez vous adapter aux changements. Aussi bien, à votre nouvel environnement, qu'à vos nouveaux interlocuteurs. Si vous avez quelques émotions qui vous transpercent encore, que votre sang est tiède et qu'il lui arrive de devenir encore vite chaud, sachez que ce n'est qu'une question de temps pour observer leurs disparitions. Vous allez vous muer très rapidement au standard des "collaborateurs politiques". C'est à dire, devenir des êtres à encéphalogramme plat ...

RECULEZ D'UN PAS ... VOIRE DE DEUX

Cela fait de nombreuses fois que vous l'entendez ce conseil. Oui, encore une fois, je vous recommande de prendre du recul. Je vous le donne encore et encore ce conseil. Mais sachez que vous allez l'entendre encore et encore ! Qu'est-ce que vous voulez, j'aime l'art de la répétition.

 

Il est tellement simple de se laisser emporter par l'émotion. De voir seulement ce que l'on veut voir. D'avoir une vision quelque peu étriquée. Complètement erronée. Car, l'erreur est souvent faite de penser avec le cœur, plutôt qu'avec la tête. Aussi, je vous recommande de prendre de la hauteur, toujours ! Faites en sorte d'élargir votre horizon ! 

 

Apprenez à ne pas vous laisser guider pas l'émotion. Dépassez-là ! Et pour cela, il est nécessaire de reculer d'un pas, voire de deux.

OUAAA ! L'URGENCE DU DÉFOULOIR

La politique est faite de tensions, de déceptions, de crispations, de trahisons ... bon clairement, d'émotions négatives (les émotions positives existent, fort heureusement ! ). Cependant, ici, nous allons nous concentrer sur les émotions négatives, celles qui nous rongent à petit feu. Je vois bien qu'elles gagnent tous les collaborateurs politiques. Elles nous tendent. 

 

Mon dernier conseil consiste à vous inciter à vous trouver un "défouloir", afin que vous puissiez évacuer vos tensions. Ceci dit, il y a un phénomène rassurant. Nous nous en libérons naturellement, chacun à notre façon.

 

Au cours de la vie de collaborateur politique, un même phénomène se déclenche pour nous tous ; mais aussi chez les élus. A un moment donné, face à un trop plein d'émotions négatives, nous nous devons de créer "un défouloir". Je crois que ce phénomène se déclenche afin de nous protéger. Histoire de garder une bonne santé mentale. Rassurant ! ...

 

Un défouloir, nous en avons tous un. J'ai le mien. Certains ont un défouloir "sain" comme le sport, tel que la marche, la natation, le vélo ... Pour certains, c'est la cuisine, le cinéma, la photographie ou la lecture. Qui reste aussi un défouloir "sain". Par contre, pour d'autres, le défouloir est, comment dire, un peu plus ... "mitigé". Je pense aux soirées très tardives et donc aux nuits plus que courtes, ou même à l'absence de sommeil, à la consommation excessive d'alcool ou de nourriture. Un défouloir "bof bof" pour réussir à extérioriser sainement et durablement toutes les tensions accumulées au fil de la journée. Rhaa ce serait tout de même dommage de finir alcoolique ou empâté de plus 8 kilos en seulement 12 mois de cabinet, non ? Histoires vraies ... malheureusement.

 

Pour contrôler vos émotions et durer dans la politique (voire tout simplement, dans la vie), adoptez un défouloir "sain". 



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