C'EST DÉCIDÉ, JE DEVIENS UN POLITIQUE !

- 12.03.2018 - 

Certes, nous ne sommes pas dans une année électorale. Pourtant, certains d'entre vous s'interrogent peut-être dès à présent pour les prochaines élections. Y pensent le matin en se rasant. Collaborateurs politiques, vous avez peut-être l'envie de devenir un politique ? Après tout, d'autres l'ont fait avant vous ; alors, pourquoi pas vous ? 

 

Rhaaa ! Prendre la décision de se lancer dans une campagne électorale. Revêtir l'habit de candidat. Accéder à la fonction d'élu. Cette décision est toujours délicate. Vous vous retrouvez sur le fil. Est-ce le bon moment ? Maintenant ? J'y vais ? Je n'y vais pas ? Que faire... Cette décision vous appartient. Elle est à vous, seulement à vous. Au moment de la prendre, retenez simplement qu'à ce moment précis, vous savez ce que vous laissez, pas encore ce que vous perdrez et dans le meilleur des cas, je dis bien dans le meilleur des cas, ce que vous y gagnerez. 

 

Collaborateur politique, vous avez peut-être l'envie de devenir un politique. Vous serez peut-être d'ici quelques années un "hybride politique". Mais si, vous savez bien, "l'hybride politique". J'y fais référence dans l'article Collaborateur, je te mets dans une case !

 

Pour ma part, sachez que je n'ai pas la volonté de devenir un politique. Je n'ai jamais voulu l'être. La lumière qui est autour ne me convient pas. Je suis mieux dans l'ombre ; à être le collaborateur d'un politique. Rien de plus. Je n'utilise pas ce métier comme un marchepied afin de devenir un jour ou l'autre, un politique. Je sais que certains l'utilisent ainsi. Ce métier n'est pour eux qu'un moyen. Dans le milieu, les collaborateurs politiques sont effectivement quelques-uns à être "en attente" et sont loin de s'en cacher. 

 

Je ne comprends pas leurs motivations. J'y vois tellement plus d'inconvénients, que d'avantages. Il suffit que je regarde la vie de mon patron pour tordre le nez et dire "Non merci, sans façon !". Mes propos vont sûrement en faire bondir certains, mais tant pis. Je n'ai aucune hésitation. Oui, je préfère rester un simple collaborateur politique.  

 

Je vois ces hommes et ces femmes qui veulent devenir (à tout prix) des élus. J'en ressens même leurs tensions internes. Ils en transpirent. Ils veulent absolument devenir des politiques. Pourquoi ? Oui, pourquoi ? Cette question est simple. La réponse n'est jamais très claire. Cependant, une fois l'élection faite, lorsqu'ils sont (enfin !) des élus, ils se prennent en pleine poire la réalité de la fonction. La réalité qui est toute autre que celle qu'ils ont tant rêvé. Qu'ils ont tant fantasmé. Qu'ils ont trop idéalisé. Dont ils ont seulement vu ses bons côtés. Que la face de la médaille, sans ne jamais regarder son revers. Ils voulaient l'indemnité. Ils voulaient le pouvoir. Ils voulaient les dorures. Ils voulaient la cocarde tricolore accrochée à la veste. Est-ce cela être un élu ?

 

Ils voulaient "avoir". Désormais, ils ont. Mais, leurs attentes étaient tellement déformées, que la fonction d'élu est devenue décevante, voire amère. L'après élection est toujours mal anticipée, et pour certains, pas anticipée du tout. 

 

Alors, si vous décidez de devenir un élu, je n'ai qu'une seule question à vous poser : Pourquoi ?

 

Dans cette nouvelle publication, je vous donne quelques conseils à bien avoir en tête, avant de vouloir accéder à la fonction d'élu.

MES 4 CONSEILS AVANT DE VOULOIR DEVENIR UN POLITIQUE

SEUL EN POLITIQUE ? PAS SI SÛR !

Le candidat en campagne a souvent tendance à se croire seul. Il se dit qu'il est seul face à l'élection. Sans son épouse. Sans ses enfants. Sans sa famille. Sans ses amis. C'est très souvent la réaction que j'observe. Le candidat se croit définitivement seul en campagne. Pourtant, votre entourage est susceptible d'être impacté par l'élection et il ne faut surtout pas en sous-estimer les effets.

 

Vous ne partez jamais seul en campagne ! Votre famille est directement impactée par l'élection et votre éventuelle future fonction. Aussi, veillez à bien les informer en amont de toutes les actions que vous allez mener. Vos proches sont à inclure indéniablement.

 

Je me souviens de cet homme politique qui avait informé son épouse de sa volonté de s'engager dans une nouvelle campagne électorale. Moins d'un an après la dernière, qui avait été houleuse. La famille en était encore toute chamboulée. Finalement, après de longues semaines de tractation avec Madame, il partait pour une nouvelle campagne. Cependant, ils avaient, l'un et l'autre, oublié d'en informer leurs trois adolescents ... qui ont découvert sur les réseaux sociaux la décision de leur père. Ces derniers ont malmené père et mère pendant toute la campagne, refusant d'aller à l'école et découchant à plusieurs reprises. Comme vous pouvez l'imaginer, la campagne fût loin d'être sereine pour la famille. Le candidat n'a pas été élu. Et plusieurs mois après l'élection, il en paye encore le prix. , il en paye encore le prix personnellement. 

 

Il y a aussi cette femme qui était cadre dans une collectivité. Elle était reconnue dans son travail. Son époux a pris la décision de se présenter aux élections face au patron de Madame. Pas de bol, son époux a perdu et son patron a été reconduit dans sa fonction. Madame, qui avait une bonne place, a été gentiment mise au placard. Bah oui, désormais, elle était "la femme de" l'adversaire politique. Telle est donc sa sentence ! 

 

Non, vous n'êtes pas seul dans une élection. Votre décision aura forcément un impact (positif ou négatif) sur la vie de vos proches. Associez-les à votre action et réfléchissez bien aux conséquences de votre choix "personnel" sur leurs vies !

BIENVENUE "PERSONNE PUBLIQUE"

Lorsque vous vous lancez dans une campagne électorale, il y a "un léger détail" qui vient bouleverser beaucoup de choses. Vous devenez une personne publique. Ce n'est plus "Robert qui marche dans la rue" mais désormais "Robert, candidat aux élections législatives, commerçant, père de trois enfants dont deux issus d'un remariage avec Jacqueline, assistante de direction de sept ans de moins que lui." Les regards changent. Les ragots se développent. Désormais, vous n'êtes plus un anonyme ! Vous êtes visible sans le savoir. Tous, ils parlent de vous. Ils parlent sur vous. Ils cancanent. Votre vie qui était jusqu'à présent privée, ne l'est désormais plus. Bienvenue "personne publique" !

 

N'oubliez jamais qu'en tant que personne publique, votre vie peut être étalée sur la place publique. Tout le monde est susceptible de parler de vous. Vos voisins, très impliqués dans le milieu associatif, qui prennent le malin plaisir à dire à qui veut l'entendre qu'ils sont "les voisins du candidat" et en profitent pour dévoiler que "si, si, il y a une Mercedes ainsi qu'une Audi dans le garage". Votre ex-épouse qui n'a toujours pas digéré le divorce, et qui trouve bien d'informer les médias de la personne que vous êtes dans l'intimité. Vos enfants qui sont tellement fiers de papa qu'ils aiment le dire sur les réseaux sociaux et dévoilent par la même occasion des photos de vos vacances au milieu des palmiers, du sable fin et de la mer d’Émeraude.

 

Ne l'oubliez pas ! En vous lançant dans une campagne, vous devenez une personne publique. Et qui dit "personne publique", dit que vous allez forcément vous prendre quelques coups ... surtout si vous ne réussissez pas à contrôler votre image et que celle-ci est incohérente avec la personne que vous êtes réellement.

ADIEU VIE PROFESSIONNELLE

En tant que collaborateurs politiques, vous avez la chance d'avoir déjà un pied dans la politique. Vous êtes déjà, en quelque sorte, une "personne politique". Votre appartenance politique, vos idées, vos convictions, sont déjà publiques, contrairement à d'autres professions. Cela est tellement plus simple de passer de collaborateur politique à politique, que de passer de restaurateur à politique, de maître de conférence à politique, de médecin à politique. N'allez pas me dire le contraire !

 

A travers notre profession, nous avons déjà une étiquette politique. Alors que pour d'autres, se lancer en politique peut être un véritable risque. Vous perdez des amitiés. Cela est un fait. Mais aussi, se lancer dans la politique, peut être un véritable frein à une carrière professionnelle. Appréhendez donc bien les conséquences avant de vous lancer en politique !  

 

Il y a quelques années maintenant, j'avais échangé avec un restaurateur qui s'était lancé dans la politique. Un très bref passage pour les municipales. Il était loin dans la liste. L'élection perdue, il a fait le choix d'arrêter sa "carrière politique". Il m'a expliqué que cette étape de vie, de seulement quelques mois, lui avait fait perdre des clients et qu'il avait peiné à en retrouver. Je me souviens aussi de ce jeune homme qui s'était présenté aux municipales dans une commune d'à peine 3 000 habitants. Il avait perdu l'élection. Quelques semaines plus tard, il était licencié, selon lui pour des raisons politiques. C'est cela d'avoir des idées politiques différentes de celles de son patron ! Allez ensuite prouver ces dires aux Prud'hommes. Plus de trois ans de procédure ont été nécessaires. Puis, il y a aussi ce candidat aux législatives qui était "médecin". Quelques semaines après s'être lancé officiellement dans la campagne, il a été convoqué par sa direction, qui lui a annoncé qu'en tant qu'agent de la fonction publique hospitalière, s'il était élu, il ne pourrait exercer sa profession que ... bénévolement. Panique à bord ! Comment allait-il pouvoir vivre avec cette perte de salaire ? Il a finalement perdu l'élection ... de façon volontaire ? ... 

 

Avant de se lancer dans une campagne électorale, il est nécessaire d'avoir bien en mains toutes les cartes et de vérifier les probables incompatibilités et inéligibilités. Certains collaborateurs politiques peuvent y être confrontés. 

 

Enfin, je ne vous parle pas de la fameuse déclaration de patrimoine ... qui est dès à présent obligatoire pour certains d'entre vous, directeurs de cabinet, directeurs de cabinet adjoint et chefs de cabinet. Voici votre revers de la médaille !

LE PLAISIR DES FAUX-SEMBLANTS

Vous aimez être pris pour un imbécile ? Non. Moi non plus. Pourtant, si vous décidez de devenir un politique, vous risquez d'être confronté à ce sentiment, plus d'une fois. Lorsque vous vous lancez dans la politique, vous perdez des amis (sauf si ceux-ci appartiennent uniquement au milieu). C'est important de le savoir. En parallèle, certains disent que vous en gagnez ... Hum-hum. 

 

En vous lançant dans une campagne électorale, vous allez forcément faire de nouvelles rencontres, qui pourront déboucher sur de belles amitiés et celles-ci pourront être sincères. Néanmoins, gardez bien dans un coin de votre tête que la politique attire des personnes intéressées. 

 

Certaines personnes vont vous entourer par simple intérêt. Car, vous êtes un politique, et donc selon eux, une "personne de pouvoir"...

 

Une fois que vous ne serez plus rien, que vous ne serez plus qu'un homme, ces personnes ne seront plus à vos côtés. Elles iront peut-être même jusqu'à courtiser votre adversaire politique fraîchement élu. Je vois bien les courtisans autour de mon élu. Je sais qu'il les voit. Il n'est pas le genre de politique à se laisser bercer d'illusions, bien qu'elles puissent de temps à autre, flatter son ego. 

 

Mais par contre, pour certains...

 

Je me souviens de cet homme politique qui a fait le choix d'arrêter la politique. Il s'y était préparé depuis de longs mois. Le jour fatidique est arrivé. La veille, il était encore un homme politique. Désormais, il était juste un homme qui venait de laisser l'ensemble de ses mandats. La veille, son téléphone sonnait. Désormais, son téléphone ne sonnait plus. Du jour au lendemain. Et rien ne sert de l'éteindre et de le rallumer. Ce n'est pas un problème de "réseau" (téléphonique). Ses "amis" ne l’appelaient plus. Un point c'est tout !   Un  

 

Je me rappelle aussi de cet "ami" d'un politique. Cet "ami" de longue date qui le soutenait, notamment financièrement, dans l'ensemble de ses campagnes électorales. Cet "ami" avec lequel il passait beaucoup de temps, l'invitait à déjeuner régulièrement ainsi qu'à des événements. Le politique en question a perdu l'élection. Il n'avait plus de mandat. Soudainement, son "ami" de longue date est devenu ami avec son adversaire politique. Il a finalement découvert que cet "ami" qui l'aidait financièrement dans sa campagne depuis une quinzaine d'années, faisait en réalité le même chèque, du même montant, au trois ou quatre candidats qui étaient les plus susceptibles de remporter l'élection. Quelles désillusions !

 

Alors, toujours envie de devenir un politique ? 



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